Pour le dossier individuel de télé et Net work, je me suis intéressée à la crise de la fiction française, à savoir s'il y avait réellement une crise ou non, et quelles en étaient les orgines.
J'ai voulu élargir mes recherches à quelque chose de plus concret que ce que j'ai pu trouver sur internet, pour ça j'ai réalisé deux sondages, un que j'ai transmis à différents amis (des retours très intéressant je dois dire), et un que j'ai envoyé à un conseiller de programme fiction.
Je me permet de vous faire part de cette réponse qui, je pense, permet d'avoir une réelle idée de la situation actuelle, ainsi qu'un point de vue d'un professionnel sur la question.
Réponse à mon questionnaire d'un conseiller de programme fiction :
" Y a-t-il une crise de la fiction? Si l'on se place sur le plan national, vous devriez vous procurer les chiffres publiés par le CNC. Vous y verriez que la France est le plus gros producteur de fiction télévisée européen, et le second derrière les USA.
Quand vous intégrez le fait que les USA ont un marché intérieur de 250 millions de personnes, contre 65 millions de français, ce n'est déjà pas si mal pour la France.
Le problème de la fiction en général, c'est qu'elle ne se vend pas ou peu à l'étranger, et que le plus gros producteur de fiction, qui est France 2, a un public vieillissant.
Pourquoi ne vend on pas à l'étranger? Parce que les acteurs français, sauf Depardieu, n'ont aucune notoriété internationale: ils sont petits, moches et ne font pas rêver.
Parce que , entre une série française réalisée avec 3 bouts de ficelle et une série américaine bluffante de moyens, comme les "Experts", l'acheteur n'hésite pas. En plus, la série américaine, amortie sur le marché intérieur, est moins chère!
La France produit donc énormément de fiction avec peu de moyens et n'atteint donc pas la qualité internationale. "Sous le soleil", bien financée par TF1, était la seule exception, mais l'argent ne suffit pas, puisque "l'hopital" est apparu au public pour ce qu'il est : une pâle copie loin de la réalité française, avec un titre repoussant.
Pour prendre un exemple précis, les producteurs privés ont proposé bien avant les "Experts" et "Bones" des sujets de série sur la police scientifique. Ils ont été refusés parce que le manque de budget aurait retiré l'aspect magique d'une technologie de pointe pour ne laisser que la routine de labo. De plus, les policiers américains sont des femmes hyper sexy, des hommes canon, contre Maigret et sa bedaine ou même Derrick et son immobilisme.Or le manque de réalisme que l'on accepte en croyant qu'aux USA les flics sont comme ça ne passerait pas au pays de Descartes.
Sur le choix des formats, la prédilection des auteurs et des producteurs français pour le 90' a été un des principaux handicaps à la commercialisation internationale: personne ne diffuse en 90', sauf des films long métrage. Le format international est le 48' et les séries de day time sont en 26'. La tendance est aux formats encore plus courts, qui permettront une diffusion mieux adaptée sur les téléphones portables où l'attention ne peut être retenue très longtemps.
Thèmes des séries françaises: les histoires de coeur à l'américaine (Sous le soleil) ou plus quotidiennes( Plus belle la vie) qui reprend le principe anglais de Sésame Street sur la proximité.
La vie personnelle des protagonistes, inspirée de NYPD Blues, a envahi la série policière: PJ et les séries du vendredi soir. La vie des policiers est plus importante que l'intrigue policière.Les flics ont des difficultés à se loger, des peines de coeur, des problèmes de famille: on les rend plus proches.
Les "héros civils" sont plus difficiles à trouver, donc on les garde: "Louis la Brocante", exemple de longévité. Les pompiers, le Samu, les médecins ou infirmières,les avocats, il faut trouver une profession qui permet d'entrer dans la vie des gens à propos d'évènements dramatiques avec un prétexte généreux, ce qui est plus sympathique.
Mais le succès d'une série, c'est la rencontre d'un héros et d'un acteur.Pendant des années, les producteurs ont rêvé d'"Ally Mac Beal" à la française, ils ne l'ont pas trouvée.Pas plus que "Friends", qui n'a aucun équivalent en série française.
Les séries se heurtent à la peur de choquer de TF1, qui a son équivalent "service public" sur France 2 et France 3: il faut être politiquement correct, ne pas pouvoir être taxé d'immoralité. "Dallas" n'aurait jamais pu être produit, toutes les chaînes l'auraient refusé.Des anti-héros qui soient des ordures, ce n'est pas pensable. Donc les héros bien gentils sont beaucoup moins amusants.Le fantastique aussi est banni, " Greco" et une autre série policière où le héros avait des flashes comme dans "Millenium" ont été ls deux tentatives de 2006-2007, succès mitigé.Il faut avoir le temps d'habituer le public à un nouveau genre, et le public français n'aime pas beaucoup la nouveauté.
La recette d'une bonne série, si je l'avais, je serais riche. Il faut avoir un bon concept. Bon, ça veut dire quoi? Nouveau, mais pas provoc, plaisant à regarder, pas second degré, la TV ne supporte pas le second degré.Il faut avoir des auteurs qui développent ce concept, mais j'ai vu des scénarios brillants gâchés à la réalisation ou par un mauvais choix d'acteurs.
Une bonne série, c'est un miracle, un équilibre entre une infinité d'acteurs, un travail de groupe, une mayonnaise qui prend. Elle ne peut pas prendre s'il n'y a pas d'histoire, mais le script ne suffit pas, loin de là.Et il faut avoir suffisamment d'argent pour réaliser l'ambition du script, et là, on se heurte à la crise: les diffuseurs, en se multipliant à l'infini, se tuent entre eux. Le gâteau publicitaire est divisé en parts de plus en plus petites, et personne ne met sur la table l'argent pour produire.
Concurrencer les US qui conçoivent l'industrie audiovisuelle comme une industrie indépendante des réseaux de diffusion? Il n'y a ici personne pour le faire. On peut se consoler en disant que nous ne voyons des séries américaines que la crème de la crème, et qu'il y a des montagnes de séries beaucoup plus nulles et vulgaires que les nôtres. Elles ne franchissent pas l'Atlantique, voilà tout.Je n'ai aucune solution à proposer. Y en a-t-il une? "
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